Visite aux archives du mouvement féministe suisse à Worblaufen
Une recherche visant à retrouver des numéros manquants de notre journal — les Nouvelles Féministes Internationales — a eu des conséquences inespérées : l’échange de courriels qui s’en est suivi a permis à l’archiviste de l’AIF de découvrir l’existence d’une importante collection de documents sur l’histoire des femmes suisses, comprenant également des papiers intéressants sur l’histoire de l’AIF.
Les numéros manquants des NFI ont été rapidement retrouvés dans mes propres dossiers et un voyage déjà prévu à Genève, Berne, Estavayer-le-Lac et Lausanne a permis une visite en personne aux archives Gosteli à Altikofen et une rencontre avec l’héritage de Marthe Gosteli.
« Fille de paysans, militante pour les droits des femmes, éducatrice, femme politique, candidate au Conseil national, internationaliste » : Marthe Gosteli s’est engagée à des moments décisifs pour les droits politiques des Suissesses et a créé, « dans la maison de ses ancêtres à Altikofen, près de Berne, grâce à son dévouement, son argent et sa persévérance », des archives qui lui ont permis de « sauver aux Suissesses leur histoire » (Franziska Rogger : Marthe Gosteli, Stämpfli, 2017). Une histoire faite d’humiliations et de déceptions, mais aussi d’un formidable esprit communautaire, d’une tactique cohérente et d’une foi inébranlable dans les droits humains et les droits des femmes en tant que partie intégrante de ceux-ci, qui a finalement abouti, le 7 février 1971, à la reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité des Suissesses.
C’est à Altikofen que se sont préparées à maintes reprises des décisions importantes en matière de politique des femmes. « C’est également le cas le 2 mars 1968, alors qu’il fallait discuter de la tactique et de la marche à suivre pour que les Suissesses puissent empêcher la signature de la Convention européenne des droits de l’homme sans droits des femmes » (Rogger, p. 125).
Ouvertes en 1982, les archives contiennent, outre des archives d’organisations et des fonds d’organisations féminines suisses, des fonds privés liés à l’International Woman Suffrage Alliance (IWSA, nom de l’Alliance jusqu’au congrès de 1926) et à l’AIF — comme par exemple ceux d’Emilie Gourd, d’Irmgard Rimondini-Schnitter, de Simone Chapuis-Bischof ou d’Ursula Nakamura-Stoecklin, pour n’en citer que quelques-uns. Les rapports de quatre congrès de l’IWSA — Amsterdam 1908, Londres 1909, Stockholm 1911 et Budapest 1913 — y sont également archivés.
Dès 1985, les archives ont commencé à collectionner les NFI, à l’exhaustivité desquelles j’ai eu le privilège de contribuer.
Quant à l’histoire de l’AIF, ce sont les Suissesses qui, après les deux guerres mondiales et dépassant les blessures et les ressentiments, ont permis la réconciliation et une nouvelle cohésion en organisant les premières rencontres : en juin 1920 à Genève, lors du 8e congrès de l’IWSA/AIF à la Maison communale de Plainpalais, organisé par l’Association suisse pour les droits des femmes (adf-svf) et présidé par Emilie Gourd ; en août 1946 à Interlaken, organisé par l’adf-svf et présidé par Elisabeth Vischer-Alioth.
Et voilà que ma brève excursion dans la riche histoire des femmes suisses, gentiment guidée par l’archiviste Solange Jaccard, touchait déjà à sa fin. L’équipe des archives Gosteli s’est réunie pour une séance interne et moi, riche de cette nouvelle expérience, j’ai commencé mon voyage nostalgique vers Estavayer-le-Lac, emportant avec moi le livre sur Marthe Gosteli et quelques petits cadeaux pratiques. En 2009, lors de la Réunion Internationale de l’AIF organisée par l’adf-svf à Heiden, les hôtes suisses nous ont invitées à un « Tour de Suisse » qui a fait à Estavayer-le-Lac une halte enchantée à l’invitation des Femmes Broyardes, suivie le lendemain par la présentation du Combat pour les droits égaux, édité par l’adf-svf, Schwabe Verlag Basel 2009 (Rosy Weiss, Traveling in Politics and Friendship, 2026, p. 68–69).
Rosy Weiss est ancienne Présidente de l’Alliance Internationale des Femmes.
Rosy Weiss aux archives Gosteli à Altikofen, avril 2026. Photo: Rosy Weiss.


