L’autonomisation économique des femmes dans un monde du travail en plein changement.

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 Déclaration écrite  de l’AIF pour la CSW61- 2017

Croissance inclusive et durable dans le monde entier, telle est  la vision qui soutend l’agenda 2030 du développement. L’égalité femmes/hommes et l’autonomie économique des femmes sont au centre de cette vision mais le progrès a été bien trop lent.

Pour quelle raison ce manque de progrès? Le contexte global des premières années du XXIe siècle avec ses inégalités qui augmentent, la pauvreté, la faim, les changement climatiques, résultats des modèles économiques et des paradigmes prévalants, pose des défis sans précédents pour la réalisation des droits les femmes et  continue de saper la durabilité  des communautés et des sociétés.

Les modèles de développement dominants sont fondés  sur l’inégalité  de genre et ont fait la preuve de leur non  durabilité sur bien des points y compris en croissance économique et emploi.

Les causes et les  conséquences sous-jacentes de la non durabilité sont profondément mêlées et enracinées dans les modèles économiques dominants. Elles incluent la libéralisation économique, la concentration de l’activité productive et financière sur les profits à court terme et la privatisation des biens publics et des services, tout cela aux dépens des réglementations et de la redistribution. Les fruits de la croissance économique ont aussi été distribués de façon inéquitable. Ces trois dernières décennies les disparités économiques entre, et à l’intérieur des pays et des régions ont augmenté.

Quel impact ces modèles de développement ont-ils eu sur les femmes et l’emploi? Les femmes ont intégré en grands nombres le marché du travail. Le libre échange et l’extension  rapide des marchés ainsi que l’expansion de beaucoup d’entreprises à  succursales dans les pays en développement ont, c’est certain, créé des opportunités sans précédents aux  femmes d’accéder aux emplois rémunérés. Cependant cela a été trop souvent fondé sur inégalité  et exploitation à grande échelle.

La discrimination fondée sur le genre et la ségrégation sur les  marchés du travail ainsi que la faible régulation de ces marchés ne servent qu’à maintenir les femmes dans des métiers peu rémunérés et de médiocre qualité en ce qui concerne les conditions de travail et l’accès à la protection sociale. Elles renforcent le statut des femmes comme travailleuses de seconde zone dans leurs foyers.

Les femmes souffrent aussi d’un  manque d’accès à l’éducation, à la formation, au recrutement et à une rémunération égalitaire. Elles ont aussi peu de possibilités d’intervenir dans les décisions responsables, ont un accès inégal aux ressources rémunératrices et  sont surreprésentées dans les emplois informels. La réalité qui recouvre ce nouveau modèle, ce sont  des niveaux de rémunération très bas, des métiers où la sécurité diminue, des modes de vie qui déclinent, une forte  augmentation du nombre des heures travaillées pour un salaire, une exacerbation de ce double mouvement et la pauvreté qui augmente et se concentre de plus en plus sur les foyers avec une femme à leur tête.

La grande masse du travail féminin,  très peu payé ou pas payé du tout, permet  de subventionner l’économie mondiale et d’entretenir une croissance inégalitaire et non durable. L’exploitation des femmes sur le marché du travail est de plus  aggravée par la quantité disproportionnée de responsabilités d’aide, non rémunérée   qui leur revient et qui est due, pour la plus grosse part,  aux rôles  stéréotypes de genre. Ces tâches d’aide non rémunérées excluent souvent totalement les femmes des emplois rémunérés ou les confine a des emplois à temps partiel qui  ne sont pas aussi bien payés.  Ce qui en résulte, c’est que le travail non rémunéré des femmes au foyer,  et leur travail d’aidantes subventionne l’économie gratuitement.

Bien  des discriminations envers les femmes sont soutenues par des normes de culture, de tradition et de religion. Les femmes n’ont aucun pouvoir pour changer ces normes. On devrait s’attendre à ce que les gouvernements mobilisent des ressources pour un changement d’attitude et de normes. Un exemple  de l’impact des stéréotypes sur les femmes et filles a à voir avec  l’éducation qui  contribue  à une plus grande croissance économique. L’impact des stéréotypes  qui abaissent le niveau de réussite éducatif et les compétences les femmes lorsqu’elles  essayent d’accéder au marché du travail, est totalement évident: Pour la majorité des femmes, des gains significatifs en éducation ne sont pas  transformés en emplois de qualité.

La violence qui résulte des relations inégales de pouvoir entre les femmes et les hommes et des stéréotypes contre les femmes, a des répercussions négatives sur les femmes qui appartiennent au monde du travail. Elle conduit aussi a une productivité de moindre qualité,  a une augmentation de l’absentéisme  et a un taux très élevé de renouvellement du personnel. Dans certaines cultures la menace de violence est une  des raisons pour confiner les femmes à la  sphère familiale.

Le monde entier reconnaît que notre système économique a besoin de réformes profondes. On se rend de mieux en mieux compte que  la croissance économique seule ne peut  conduire à l’égalité de genre, ni  soulager la pauvreté ou réduire  toutes les inégalités. Les politiques macro-économiques sont trop souvent conduites de façon à créer les conditions de la croissance, et ne s’intéressent que bien peu à conduire  les sociétés vers l’égalité de genre et la justice sociale. Il faudrait aussi mettre en œuvre l’analyse genrée en tant qu’outil pour changer le système. Cela permettrait de voir ce qui est valorisé et comment cela guide les priorités d’investissement et dirige les affaires et l’économie.

L’inégalité de genre au travail ne pourra être éliminée  qu’en  s’attaquant à la discrimination que subissent les femmes sur le marché du travail en raison de leur fonction de reproductrices, notamment la ségrégation sectorielle et professionnelle,  les différences de rémunération, les heures ouvrées et l’accès à la protection sociale. Les gouvernements doivent prendre des mesures pour promouvoir le partage à égalité du travail non payé des aidants, et ce, entre les femmes et les hommes et  entre les familles et la société.

Il nous faut oeuvrer à  un  nouveau modèle de développement qui  ne soit pas basé uniquement sur la croissance économique, mais qui donne la priorité aux gens sur les profits.

Ce nouveau modèle de développement devra  être basé sur une réorganisation des relations entre la production, la finance  et la sphère reproduction afin de créer une économie de genre, égalitaire et durable, utile aux besoins de la reproduction; et çà, c’est prendre soin.

Recommandations:

En s’attaquant à  la racine des causes et  avec  une approche qui  prend en compte l’inégalité économique des femmes, les gouvernements devraient:

  • S’assurer que les Droits de l’Homme forment le cadre éthique des politiques macro-économiques et examinent  leur impact sur les femmes. Que ces politiques demandent aux syndicats, aux OSC (Organisations de la société civile), et aux organisations féminines  de participer à leurs travaux d’élaboration mais aussi à la mise en œuvre et à l’évaluation.
  • Mettre en  œuvre des  normes  humanitaires  et  de travail dans les législations et les politiques nationales, qui garantissent  et  promeuvent l’accès des femmes à des emplois décents  et sécurisés  dans les secteurs formels et informels ( salaires suffisants,  contrats  sûrs, accès à la protection sociale, droit des femmes à organiser et accéder à la remédiation,  paie égale pour travail égal, opportunités égales et non-discrimination sur le lieu de travail).
  • Éliminer  toutes les lois qui discriminent  les femmes au travail.
  • Mettre en œuvre des règlements, des politiques, et des mécanismes Internationaux  et nationaux obligatoires, basés sur des  normes de droits humains qui  forcent  le  secteur privé à s’y conformer.
  • Reconnaître et valoriser la contribution des aidants  non rétribués à l’économie, et investir dans des infrastructures,  des technologies qui font gagner du temps et des services publics de qualité tels  l’aide aux  d’enfants, aux personnes âgées et à la santé.
  • Instituer des politiques en faveur de la famille qui permettent aux femmes et aux hommes d’équilibrer  carrières et responsabilités d’aidants.
  • Prendre des mesures pour contrer les normes sociales discriminatoires et les stéréotypes de genre qui sous-tendent  les inégalités qui  frappent le travail des femmes.
  • Promouvoir l’entreprenariat des femmes y compris en leur apportant  formation et support financier.
  • Promouvoir   les femmes en responsabilité et leurs associations,  leur permettre d’être entendues y compris par l’intermédiaire de syndicats,  de la société civile et d’organisations féministes et ce, dans les processus et les sphères politiques économiques, à tous les niveaux.
  • Promouvoir l’accès des femmes aux institutions financières officielles  et aux mécanismes d’épargne.
  • Concevoir  des  taxes progressives et instituer  des budgets basés sur le genre qui renforcent  les droits économiques des femmes et leur accès aux services publics, tout en remédiant   aux  discriminations et inégalités.
  • Promouvoir l’accès des femmes à une éducation qui refuse la différence de genre et prend des mesures pour transformer les réussites et les aptitudes des femmes en emplois qualifiés.
  • Promouvoir des lois et des politiques pour prévenir et protéger les femmes contre le harcèlement  et tout autre forme de violence dans le monde du travail. Établir des possibilités  de plaintes et  de mécanismes de suivi pour protéger les femmes qui travaillent. Reconnaître le dialogue social comme moyen de mettre en question ces problèmes.
  • Intégrer les besoins et les droits des réfugiées, des travailleuses migrantes,  des femmes rurales et autochtones et des femmes à besoins spécifiques, dans les politiques de l’emploi  et les services sociaux et de santé.
  • Augmenter le soutien et les fonds alloués  aux organisations féministes et de défense  des femmes.

Joanna Manganara 🙁 18 Octobre 2016 ) –  Présidente de l’Alliance internationale des Femmes , ex-Conseillère Ministérielle pour les Droits Humains au Ministère des Affaires Etrangères de Grèce.

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