L’infrastructure durable, un moteur puissant pour l’égalité femmes/hommes. Déclaration de l’AIF pour la CSW 63.

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L’an dernier, des femmes ont diffusé un rapport intitulé «passons des paroles aux actes». Egalité femmes/hommes dans l’ordre du jour du développement durable.

Le rapport souligne que les progrès vers les objectifs du développement durable en ce qui concerne les femmes et les filles sont d’une lenteur inacceptable et à moins que les progrès en parité ne soient accélérés de façon significative la communauté mondiale ne tiendra jamais sa promesse de ne laisser personne derrière.

L’ordre du jour 2030 reconnaît l’importance cruciale de l’égalité femmes/hommes et l’autonomie de toutes les femmes et filles dans le développement durable (objectif 5), comme essentiels pour la réalisation des cibles et des objectifs interconnectés.

Une façon d’y parvenir est d’utiliser l’infrastructure comme moteur de changement pour améliorer la vie des femmes en réduisant les exigences du travail domestique et des soins, en accroissant la productivité de leurs entreprises et en leur permettant d’intégrer de meilleurs emplois et des marchés plus rentables.

L’infrastructure consiste en des investissements coûteux, qui s’ils sont bien faits peuvent augmenter la croissance économique, la productivité, la valeur de la terre et contribuer à réduire la pauvreté.

L’autonomisation économique des femmes concerne l’égalité économique, mais aussi, la fin de l’écart des salaires, l’accroissement des opportunités d’emploi etc. Il concerne aussi les freins à l’avancée des femmes: Des lois discriminatives au partage injuste des tâches ménagères et de la famille.

Des preuves empiriques sur la répartition du temps des femmes montrent clairement que celles-ci supportent le poids des tâches domestiques, le traitement des cultures vivrières, la charge de l’eau, du bois de chauffage et des soins aux enfants.

Comment l’infrastructure peut-elle permettre l’autonomisation économique des femmes?

Des dispositions économiques peuvent réduire le temps passé par les femmes en tâches domestiques et leur laisser du temps libre pour des activités économiques productives.

Par exemple l’amélioration de la mobilité dans les infrastructures de transport peut avoir des effets significatifs sur la mobilité physique des femmes et leur permettre de meilleurs salaires et de nouvelles opportunités pour le développement de leurs activités.

De plus la construction de nouveaux moyens de transport, l’installation de TIC et d’énergie peuvent créer de nouvelles opportunités d’emplois, par exemple des emplois pour les femmes dans le secteur des transports, comme chauffeures de bus, collecteures de tickets ou chauffeures de taxi, ou dans la construction qui implique de plus en plus les femmes en tant que constructeures, travailleuses semi-spécialisées et qualifiées, surveillantes ou ingénieures. Dans ce domaine, cependant, les femmes doivent forcer les barrières de genre pour pénétrer dans ces secteurs traditionnellement dominés par les hommes.

Places de marchés dangereuses, espaces publics et privés exposent travailleuses et commerçantes à la violence de genre et limitent leurs opportunités économiques. Le risque de violence de genre , perçu ou réel, a un impact significatif sur la participation économique des femmes. Les projets de routes, de rails ou de ports ont leur part dans la réduction du fossé des rémunérations femmes/hommes en faisant une large part à des routes bien éclairées, à des wagons, des aires d’attente et de repos pour femmes seules.

Il est essentiel de noter que l’investissement en infrastructure, en soi, n’entraine pas une croissance inclusive. La qualité et le coût de l’accès aux services sont essentiels au potentiel de ces investissements pour un   impact sur les bas revenus et Les groupes marginalisés, dont les membres sont de façon disproportionnée, des femmes.

Il faut noter aussi que la plupart des infrastructures est insensible au genre, ce qui renforce le pouvoir des hommes et le rôle des femmes dans ce qui est surtout du travail ménager.

Pour engendrer des projets d’infrastructure, les femmes doivent faire partie du processus décisionnel dans toutes les phases de ces projets. Les écouter permettra de réduire l’inégalité de genre.

Les femmes sont en général au nexus domestique de l’eau, de la nourriture et de l’énergie et trouvent souvent, immédiatement, les défis et les solutions possibles à ce sujet. Voilà pourquoi elles sont les avocates les plus convaincantes pour les solutions dont ils ont besoin, et elles devraient être au premier plan dans la prise de décision du développement durable. Amplifier la voix collective des femmes qui demandent accès et utilisation de l’infrastructure et des services est une condition préalable pour engendrer des projets d’infrastructure.

Le processus de demande de progrès en infrastructure par les femmes à bas revenus, notamment en milieu urbain, peut être en soi, une source d’autonomisation. C’est une stratégie clé et une condition préalable pour engendrer des infrastructures, qui peuvent avoir potentiellement, des impacts transformateurs. Au niveau mondial, un certain nombre de demandes faites par des réseaux communautaires de pauvres urbains, ont réussi à négocier collectivement avec les autorités municipales et ont obtenu de meilleures infrastructures. Ils ont aussi transformé l’implication des femmes en processus municipal de gouvernement.

Il faudrait aussi surveiller les résultats genrés des projets d’infrastructure et construire une base de données pour des approches genrées réussies, pouvant être reproduites ou mises à l’échelle. On pourrait aussi élaborer et adopter des indicateurs de résultats tels les changements des revenus des travailleuses etc.

Malheureusement, La plupart des infrastructures ne sont vues que comme aide aux femmes pour des résultats qui profitent à leurs familles, leurs communautés, leurs états, plutôt qu’à leurs besoins personnels. En d’autres termes, le genre reste dans le cadre d’une approche d’autonomisation économique, où le travail des femmes n’a d’importance, pas pour les femmes en tant que telles, mais pour leur capacité à participer aux marchés. C’est une approche pro-marché qu’il faut rejeter en faveur d’une approche basée sur les droits humains des femmes.

Aussi, une condition préalable pour engendrer des projets d’infrastructure et en faciliter l’accès et l’usage par les femmes, c’est l’adoption d’une stratégie qui vise à défier les normes sociales basées sur les stéréotypes de genre et influer sur la capacité des femmes à accéder et utiliser les ressources infrastructurelles à tous les niveaux.

Un autre obstacle à la conception de projets d’infrastructure réside dans le fait que ce secteur est en général géré par des gens qui ont une expertise technique, mais sont peu familiers,   et tout à fait insensibles, à l’égalité femmes/hommes et aux outils qu’utilisent les spécialistes de l’égalité de genre. Les états devraient entreprendre des efforts pour réconcilier les deux approches.

Une autre contrainte empêche l’intégration effective. Elle est en relation avec les pratiques traditionnelles telles que le mariage des enfants qui perpétue les disparités et viole les droits humains. Très souvent la pratique des mariages d’enfants se poursuit dans bien des pays parce que l’état n’a pas la capacité d’y pallier par l’emploi de travailleurs sociaux, ni d’élaborer des politiques pour faire face à la discrimination de genre ou de pratiquer des changements structurels pour en finir avec cette pratique nuisible. Les états devraient aussi tenter de démystifier tous les mythes et croyances culturels qui entourent les pratiques traditionnelles.

Enfin la question la plus importante à poser, c’est de se demander s’il est possible d’utiliser l’infrastructure comme moteur de changement, tant que les politiques néolibérales sont dominantes dans bien des parties du monde. Quand les subventions sont coupées aux pauvres et aux groupes marginalisés des régions rurales et urbaines, quand les fonds pour les services sociaux et les infrastructures sociales, notamment pour l’éducation et la santé sont coupés, alors il est temps de se demander si les approches néolibérales des politiques de développement peuvent apporter du changement. On peut aussi se demander si les dispositions d’infrastructure qui laissent du temps aux femmes, pour participer au monde du travail du secteur public, dans les pays en développement, représentent un pas en avant dans l’autonomisation de ces femmes.

De nombreuses preuves basées sur la recherche démontrent comment les marchés eux-mêmes semblent structurés pour perpétuer et exploiter l’inégalité économique. Ce modèle repose fortement sur le modèle salarié féminin, notamment les bas salaires des services et de l’industrie. La réalité que souligne ce nouveau modèle, ce sont des niveaux de salaires de crise, des emplois moins surs, des niveaux de vie qui baissent, un nombre d’heures de travail rémunéré, qui augmente largement, l’exacerbation du travail en équipes, une hausse de la pauvreté de plus en plus concentrée sur les foyers dirigés par des femmes;

Recommandation :

Les gouvernements devraient:

Mettre en œuvre des projets d’infrastructure pour réduire le temps que les femmes passent en travail domestique et leur libérer du temps pour une activité économique productive.

Mettre en œuvre des projets d’infrastructure qui créent de nouvelles opportunités d’emplois et protègent les travailleuses et les commerçantes de la violence de genre.

Engendrer des projets d’infrastructure en faisant participer des femmes au processus de décisions à tous les niveaux.

Gérer les résultats du suivi des projets d’infrastructure, adopter et mettre en œuvre des indicateurs pertinents.

Élaborer des projets d’infrastructure qui ne prennent en compte que les besoins et les expériences des femmes

Mettre en œuvre des stratégies qui ont pour but de défier les normes sociales basées sur les stéréotypes de genre et exercer une influence sur l’accès et l’utilisation des ressources structurelles.

Enfin les gouvernements, Le secteur privé, les ONG féminines et les groupes féministes devraient travailler pour des politiques de développement qui donnent la priorité aux gens plutôt qu’aux profits.

 

Lene Pind

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